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DON’T YOU SEE IT COMING | Sarah Baltzinger

ENTRETIEN | Sarah Baltzinger, DON’T YOU SEE IT COMING

En résidence au TROIS C-L avant de faire la première de sa nouvelle création DON’T YOU SEE IT COMING le 29 janvier 2020 à l’Arsenal, Cité Musicale-Metz (FR), Sarah Baltzinger a pris le temps de répondre à quelques unes de nos questions.

Peux-tu nous parler un peu plus de ta dernière création ?

S.B. : Cette nouvelle création est le deuxième volet d’une recherche sur l’héritage et la transmission. Le premier volet WHAT DOES NOT BELONG TO US a été créé en juin 2018 dans le cadre du dispositif TALENT LAB, où nous avons été accompagnés et parrainés par Gabriella Carrizo et Franck Chartier, de la Compagnie Peeping Tom. C’est une pièce courte pour deux interprètes masculins qui aborde la thématique de l’héritage de façon personnelle et sociologique. Elle évoque aussi la notion de masculin dans une société où la question du genre est en pleine évolution. 

Ce second volet DON’T YOU SEE IT COMING aborde la question de la transmission à travers des relations inter-personnelles. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes penchés sur un conte, qui, malgré sa subversion du genre, est un genre littéraire qui avait pour but d’éduquer la population à la bienséance, aux accoutumances et à la réflexion. Les Contes de Ma Mère L’Oye de Perrault, dans lesquels figure Barbe Bleue, étaient d’ailleurs commandités par le roi pour créer des histoires qui devaient être contées à la veillée dans les communautés villageoises, et dans un contexte judéo-chrétien assez marqué. Traiter la transmission à travers un conte ancre notre envie de jouer sur la question de paradoxe, d’ambivalence.

Nous aimerions par la suite que ces deux créations soient idéalement diffusées ensemble, car elles se répondent et se font écho dans une synergie commune. 

Il m’a souvent été posée la question de savoir si à travers cette recherche de l’héritage et de la transmission, j’évoquais mon propre héritage personnel. Spontanément, j’ai tendance à répondre que non. Finalement, je pense que de façon indirecte, je l’aborde un peu, car en tant qu’artistes, on retranscrit forcément ce qui est en nous. Cependant, je pense que la volonté principale était de s’éloigner de ce que l’on était pour évoquer cette thématique au travers d’enjeux plus collectifs : anthropologiques, politiques, sociaux, générationnels, historiques et aussi intimes.

Pour parler plus spécifiquement de Barbe Bleue et de ce qui nous a intéressé dans ce conte, il nous était plus facile dramaturgiquement parlant de toucher à tous ces enjeux car il regorge de références et s’inscrit dans un contexte spatio-temporel qui nous a énormément inspiré pour composer. Pour nous, il s’agit d’un conte merveilleux, même s’il est tragique et barbare, pour évoquer comment la notion de perspective vient modeler notre façon d’entrevoir le monde et d’interagir. Le thème principal de notre recherche sur ce volet, la question de relation à l’autre, y est également très présente. Nous recherchons notamment, comment, individuellement, nous pouvons nous insérer dans une relation et la façon dont nous pouvons y injecter de façon consciente ou inconsciente nos héritages. Dans ce sens, Barbe Bleue est pour nous une belle métaphore pour montrer comment l’on arrive dans un contexte relationnel avec les cadavres de notre passé et comment apprendre à gérer cela.

Le conte narre une histoire criminelle, cruelle, patriarcale mais se contextualise dans l’époque baroque. Nous trouvions donc intéressant de jouer sur la temporalité et d’essayer de transposer comment nous pourrions vivre une histoire similaire dans nos sociétés contemporaines.

Comment s’est passée ta collaboration avec le musicien, Guillaume Jullien, ainsi qu’avec les autres personnes du projet ?
 
Assez facilement, je dois dire. 

C’est une petite équipe, composée de personnes qui se connaissent depuis longtemps et qui sont habituées à travailler ensemble donc les choses ont été assez fluides. Guillaume et moi nous connaissons depuis dix ans et nous collaborons ensemble depuis très longtemps. Se retrouver donc tous les deux en résidence de création pendant environ trois mois nous a permis de renforcer notre lien et d’élargir nos horizons d’attente. Nous avons réellement voulu affiner nos identités respectives et créer une synergie encore plus forte entre nous. Pour la première fois, depuis le début de toutes ces expériences chorégraphiques, nous avons pu réellement prendre le temps de nous re-découvrir, et c’était très appréciable.

Guillaume est un artiste riche et sensible, c’est un plaisir inaltérable de créer avec lui.

Jill Crovisier nous a également accompagné durant le processus de création, en tant que regard chorégraphique. C’est nécessaire au processus de création d’avoir quelqu’un comme elle à nos côtés, car comme tout le monde le sait, il n’est vraiment pas facile de créer et d’être au plateau en même temps. Pour Guillaume ainsi que pour moi, il était donc salvateur d’être accompagnée par Jill, qui est à la fois très créative et inspirée, et qui comprend également l’essence de notre travail. 

Viviane Descreux, à la création lumière, collabore avec nous également depuis des années. Elle est en train de nous concocter quelque chose de fort. On a envie de travailler sur des choses un peu plus fantasques et poétiques.
 
Il y a aussi beaucoup de gens qui nous accompagnent et qui permettent à ce projet de naître dans de belles dispositions, c’est assez précieux.
 
En quelques mots, cette équipe, c’est une belle dynamique de groupe ! 
 
Où en es-tu dans ton processus de création après ces premiers temps de résidence au TROIS C-L ?

Nous venons de passer un mois complet au TROIS C-L, et nous avons terminé la construction de la pièce, ce qui est pour nous une grosse étape. Nous allons entrer dès maintenant en résidence à l’Arsenal, Cité Musicale-Metz pour la résidence finale de création, où nous allons tout associer et travailler les derniers détails du projet.

Nous avons notre Première Française les 29 et 30 janvier 2020 à l’Arsenal, puis une date qui suit à l’Adagio à Thionville le 5 février 2020.

Les 27 et 28 février 2020, nous avons notre Première Luxembourgeoise au Kinneksbond, Centre Culturel Mamer. Cette date est un peu particulière car c’est également la Première de notre double bill, ce qui signifie que nous jouerons les deux volets de la recherche WHAT DOES NOT BELONG TO US et DON’T YOU SEE IT COMING en format partagé lors de ces deux soirées.

 

Dates de première internationale
29 + 30.01.2020
L’Arsenal, Cité Musicale à Metz (FR)

Dates de première au Luxembourg  :
27 + 28.02.2020
Kinneksbond, Centre Culturel Mamer
42, route d’Arlon | L-8201 Mamer

Billetterie en ligne sur :
www.kinneksbond.lu
Tél. (+352) 26 39 5-160

 

Photos © Bohumil Kostohryz